Après avoir tenter d'expliquer les constructions verbales et le fonctionnement du langage Rasta dans un article précédent, voici donc un petit lexique qui ne se limite pas au Dread Talk, mais qui se veut plus généraliste puisque vous y trouverez des termes issus du créole jamaïquain, des notions utilisées dans le Reggae, des expressions typiquement yardie...
Bien évidemment, il n'est qu'exhaustif, et le mot est faible. Je vous encourage vivement à l'étoffer ou à le rectifier, le cas échéant, en laissant vos commentaires que j'intégrerai par la suite.
Pour les anglophones, je vous invite à vous rendre sur Jamaican language site, plus que complet et très bien fait.
A: Préposition signifiant "vers" ou "à". Les Rastas utilisent cette préposition, issue de la langue espagnole, plutôt que le "to" anglais.
A go : Formule déclinée de "going to". "me a go tell him" signifie "je vais lui dire".
Agony : L'acte sexuel. Style de danse où on bouge le bassin pour simuler l'acte.
Alias : Dangereux, violent.
Babylon : symbolise le système idéologique occidental passé et présent : la domination coloniale et raciale, les magouilles politicardes, le flicage, l'église de Rome (la papauté romaine est perçue comme l'incarnation du diable), le travail (pour certains, il ne serait qu'une forme relookée d'esclavage), la propriété, ... Aux yeux des rastas Babylone doit tomber.
Baby mother : une fille mère.
Bad Boy : le dur, le mauvais garçon qui n'hésite pas à faire usage des armes à feu. Le bad boy représente le rebelle, celui qui ne s'en laisse pas compter et qui veut en finir avec la misère mais qui, n'ayant pas de conscience de classe, exerce la terreur et son manque d'humanité contre les siens, d'où sa condamnation par la majorité des morceaux parlant d'eux ou des armes.
Badness : comportement d'un délinquant ; la violence gratuite.
Bakra : un homme blanc ; un membre de la classe dominante
Baldhead : "tête chauve", c'est-à-dire quelqu'un qui n'est pas rasta.
Bandulu : Escroquerie.
Bangarang : Le bruit et l'agitation produits pour perturber le rassemblement autour d'une sound-system concurrent.
Bashment : Dérivé de "Big bash" (grande claque), se dit d'une ?uvre ou d'un concert époustouflant. Les Rude boys utilisent aussi l'expression quand ils voient passer une "bombe" dans la rue.
Batty man ou battymboy : homosexuel masculin (batty désigne les fesses). C'est la personne plus honnie ou haïe de Jamaïque (!). Cette condamnation est avant tout due au moralisme religieux, qu'il soit issu du christianisme des colons ou du Rastafari, mais également à la représentation du rôle de l'homme dans les cultures africaines. L'apparition du SIDA n'a fait qu'accroître cette haine puisque le batty man est considéré en Jamaïque comme la cause du virus et de sa propagation dans l'île. Pour n'importe quel DJ yardie, il est la cible privilégiée de ses lyrics (ce qui met à tous les coups le public, hommes et femmes, en transe) et ......de son arme à feu ! Toutefois les lesbiennes (lesbians) ne sont pas épargnées. Ce jugement s'est généralisé puisqu' à l'écoute des mix tapes de sounds jamaïcains, on a pu constaté que dans les paroles clash le sound boy était souvent traité de batty man, en opposition au coxman sound (dans le sens : le sound de celui qui en a) qui évidemment, est le champion.
Batty rider : Il s'agit du cuissard de cycliste que portent les jamaïcaines dans les dance halls, les rendant tellement plus sexy aux yeux des hommes. C'est indubitablement le néologisme le plus employé dans les paroles au début des 90's.
Beanie ou Beenie : petit.
Big up : prier quelqu'un.
Bobo dread : Membre de la mouvance Rasta du même nom fondée par Prince Emmanuel Charles Edwards. Les bobos dreads portent leurs cheveux dans un turban et portent une balayette pour prouver qu'ils sont purs.
Bompa : fesses
Bongo : tambourin ; un Jamaïcain qui devient rasta.
Boogle : riddim hardcore.
Boo yaka : onomatopée décrivant le bruit des armes à feu. Equivalents : Pam pam, Blam blam, Pram pram, Po pow, Racataclac.
Boops : vieux saligot.
Bounty : a l'image de la barre chocolatée, noir à l'extérieur et blanc à l'interieur, le bounty est un noir qui renie sa culture et ses origines...
Bow cat : Il n'a rien à envier au batty man car il est également la cible de nombreux DJ's, même si c'est depuis moins longtemps. En fait, il s'agit de la personne qui pratique le cunniligus. Néanmoins, il faut se méfier de la condamnation moraliste de cette pratique sexuelle, et souvent de l'hypocrisie qui l'accompagne, puisqu'il n'est en aucun cas possible de vérifier ce que les jamaïcains trouvent bon de faire dans les moments intimes !
Brawta : un peu plus, un extra.
Bumboclat : Considéré comme une injure puissante, bumboclat se refere étymologiquement au manque d'hygiene d'une personne ; signifie litteralement : torchon pour les fesses. De nos jours elle est utilisé d'une manière differente et est devenu l'insulte supreme jamaïcaine.
Bun : bruler.
Copykat : nom tiré du mot anglais copycat, donné aux fameux imitateurs ou doublons d'artistes reconnus. Se dit également pour toute personne qui imite quelqu'un d'autre, sans apporter une quelconque originalité ou personnalité dans sa pratique. Synonyme : carbon copy.
Coolie : personne d'origine indienne. ; herbe (importée en Jamaïque par les Indiens).
Chaka chaka : en desordre, basard , bordelique.
Chichiman : homosexuel.
Cho ! : Attention ! Fais pas chier !
Cuss-cuss : Une dispute.
Cuyah : "regarde ici".
Dancehall : lieu où se produit le Sound System, où les gens peuvent danser, mais différent d'un club ou d'une boite de nuit puisque se déroulant en plein air, en Jamaïque du moins. Le phénomène des dance halls a commencé dans les 50's . Se dit également de la musique jouée dans ces endroits (destinée priotiraiment à faire danser).
Dawta : en patois yardie, cela désigne une femme, une fille.
Dibby dibby : nul, pas terrible.
Dis-to dis : abréviation du verbe to disrepect qui signifie manquer de respect, chercher des problèmes, créer des embrouilles ou encore perturber la soirée. Exemple : To dis de programme. A ne pas confondre avec dis adjectif démonstratif (ce, cet, cette) ou pronom démonstratif (celui, celle, ceux, celles) suivi de yah one. Exemple : Dis yah one a pure killer. Le pronom démonstratif dis a aussi le sens de ceci. Exemple : talkin' bout dis, talkin' bout dat.
Dread : un Rasta ; quelque chose de sérieux ("dread time").
Dreadlocks : longs cheveux portés en nattes, à la mode rasta ; Rastaman (par métonymie).
Don : Chef de gang, parrain.
Don gorgon : Big boss.
Dub : on le confond généralement avec la version mais il s'agit, en fait, d'une version instrumentale du riddim à laquelle un grand nombre d'effets (écho, réverbération, phasing, compressions...) est ajouté. Le dub, né dans les 70's, a permis à plusieurs ingénieurs du son d'exprimer leurs conceptions musicales et est devenu un genre à part entière du Reggae; on peut même dire qu'il est devenu un genre musical à lui tout seul.
Dunny ou Dunza : Argent.
DJ : disk jokey, personne qui anime dans les boites de nuit.
E...
Fast style : nom d'un style de toast à débit très rapide. Crée en 1983 par Peter King avec Me neat me sweet pour le Sound System Saxon, ce fut la première fois dans l'histoire du Reggae - au sens strict - qu'une innovation venant de Londres fut reprise dans la musique jamaïcaine. En Angleterre, les MC's Asher Senaotor, Papa Levi, Smiley Culture, Tippa Irie, Daddy Colonel et d'autres dévelopèrent ce style et lui donnèrent ses lettres de noblesse tandis que les DJ's Peter Metro, Papa San, Welton Irie et Daddy Freddy exprimèrent sa version yardie. Au début, le fast style suivit la construction classique d'un toast - débit à la même vitesse que le tempo - pour s'accélérer vers le milieu du morceau et donner une vitesse double, par rapport à la rythmique, au débit verbal double chat. Ensuite, la vitesse d'élocution grisant les DJ 's, ce doublement de vitesse fut pratiqué dès le début du toast; certains rajoutant même une répétition de quelques mots ou syllabes (bubble) afin de corser la prouesse et de créer une plus grande exitation dans le public. Après avoir acquis une popularité à travers le monde, ce style fut délaissé par les Jamaïcains - à l'exeption de Papa San - au profit du "horseman style". Il est néanmoins perpétué en Angleterre, notamment par Daddy Freddy qui y émigra (avant de revenir en Jamaïque en 95), et reste la principale source d'influence actuelle des DJ's de ragga hip-hop; ceux-ci ne l'exerçant que pour des gimmicks. Morceau relatant l'histoire du fast style : Fast Style Originitation de Asher Senator. DJ le plus rapide : Daddy Freddy (il est enregistré au Guiness Book Of Records).
Flex : Se comporter (par rapport à quelqu'un).
Gal, gyal : fille.
Ganga Lee : un gangster (connotation respectueuse).
Gimme : contraction de "give me", donne moi.
Gravalicious : cupide.
Grounation : rassemblement Rasta caractérisé par des chants, des danses, des méditations, des lectures de la Bible, le tout dans une ambiance des plus enfumées.
Gun salute : coups de feu tirés en l'air par les personnes armées dans les dance halls, afin de manifester leur joie quand une intro ou un morceau est jugé excellent. Une telle chose force généralement le selector à faire un pull up. A noter que depuis plusieurs années cette pratique a diminuée suite à la pression policière.
Hail : "Salut"
Heartical : Authentique, intègre, compétent.
Higgler : un vendeur de rue
Horseman : se dit d'un DJ qui possède un débit rapide - mais seulement un peu plus rapide que le riddim (à ne pas confondre avec le fast style) - et fluide, délivré continuellement tel un cheval au galop. Il est généralement mixé d'une manière cadencée, afin d'augmenter encore le tempo et l'ambience. On dit d'un tel DJ qu'il chevauche le riddim ou la version (en patois ride de riddim). La tradition horseman a commencé en Jamaïque avec Lord Sassafrass puis a été perpétuée par General Worries et, par General TK ou feu-Dirtsman (frère de Papa San).
Hot stepper : fugitif.
Informer : ennemi juré du bad boy l'informateur va s'empresser de raconter aux autorités policières et militaires les agissements illégaux et autres débrouillardises("hustling") de ce dernier. Si l'on en croit les propos des bad boys, le sort de l'informer sera vite réglé : un chargeur dans le corps! Le thème de l'informer est apparu dans les lyrics vers le début des 80's pour s'estomper avant de réapparaître en force depuis 1991.
Inna : dans.
Irie : Salut !; bien, cool, super, heureux, content.
Ishence : herbe.
Ital: naturel ; se dit de l'alimentation Rasta.
JA, Jam-Down : Jamaique.
Jah : nom donné par les Rastas à leur Dieu. Ce terme vient sans doute de la contraction de Jéhovah ou de Yahvé. L'empereur Haïlé Sélassié est "Jah Rastafari", le "Black Living God". Cette position doctrinale n'est toutefois pas partagée par tous. Certains rastas opèrent une distinction entre Jah (Dieu) et Haïlé Sélassié (le Christ).
Jingle : un artiste big up en chantant pour une durée de 10 secondes.
Jook : trouer, percer.
Juggling : lancé vers le milieu des 80's par le Sound System Stone Love, le juggling consiste en un diffusion rapide des disques en enchaînant les morceaux les uns aux autres; sur la base d'un même artiste sur différents riddims ou d'un même riddim avec plusieurs artistes. La succession des morceaux est régie par une continuité rythmique (dans le tempo) ou de sens au niveau des paroles (les mots ne sont pas coupés en plein milieu); cette dernière poussant parfois les selectors, notamment lors des clashes, à ne jouer un disque que pour une phrase qui renforcera la signification et la direction prises par eux. Le juggling s'effectue avec soit des disques, soit des dubplates, soit la combinaison des deux, et nécessite dans tous les cas l'usage de deux platines disques. Il n'est pas sans rappelé, mais executé en direct, les megamixes faits sur vinyle et trouve quelques antécédents dans la musique jamaïcaine au cours des 50's en la pratique - employée par le Sound System V Rocket - nommée "double changer", ce dernier utilisant déjà deux platines afin que la musique soit joué sans un seul arrêt.
Kiss me neck ! : Exclamation de surprise.
Labba labba : expression qualifiant les personnes trop bavardes qui parlent à tort et à travers en colportant les rumeurs, les fausses nouvelles ou les calomnies. Synonymes : chatty chatty mouth.
Labrish : ragot.
Lick shot : coup de feu, ou imitation de ce bruit pour exprimer une approbation.
Lighter : comme en anglais, c'est le briquet. Mais à l'écoute des mixtapes de Sounds System et de disques en 1993, on a pu remarquer qu'au cours des animations ou des toasts revenaient de plus en plus souvent les expressions "Flash (up) your lighter" ou même tout simplement "Lighter". En fait; il s'agit d'exhortations afin que le public se manifeste en allumant son briquet en l'air lorsqu'il juge une intro, un morceau ou un special excellent. A l'extrème opposé d'un quelconque revival baba, cette manifestation d'approbation - ou de satisfaction - a remplacé les gun salute dans les dance halls jamaïcains à cause de l'accumulation de la violence dans l'île et de sa répression non moins brutale.
Lyrics : texte d'une chanson.