Le père Noël est un Rasta ! ... Voilà ce qu'on peut lire sur un coffret de 4 cd Sankofa réunissant des concerts de différents groupes et artistes. Sans avoir la prétention et la volonté de s'affubler de l'habit rouge et du bonnet à pompon
vous offre
à l'écoute (en cliquant sur une des pochettes) pour fêter cette fin d'année un album de circonstance: Natty Christmas
de Jacob Miller et Ray I. Enregistré dans les 70's, l'album est pressé pour la première fois en 1978 sur Top Ranking sous le titre Ital Christmas, crédité à Jacob 'Killer' Miller et à Ray 'Weatherman' I. Il ressort en 1980 sur le même label mais avec une pochette différente, puis sur RAS en 1987 toujous avec une illustration différente.
Virgo. Il enregistra avec le Fatman Riddim Section l'album Vision [Top Ranking]. . C'est pour Derrick Harriot qu'il enregistre son album le plus connu en 1978 sur Move and Grove, Rasta Revival. Il collabora avec King Tubby sur son célèbre 7" Weatherman Skank sorti en 1980 sur Black and WhiteRetourné dans l'anonymat, on le retrouver se poser sur Braeton Killings (backé par Guillaume Méténier, de Seven Dub, au clavier) et High Grade au coté de Danny Dread et Lone Ranger dans la compilation Grant Phabao - "Kulchaklash starring Lone Ranger, Ray I, Danny Dread & Simon Diamond chez TIMEC (2004).
Fils unique de Joan Ashman et de Desmond Elliot, Jacob Miller nait le 4 mai 1955* dans les collines de Mandeville au centre de la Jamaïque. Elevé par sa mère, il ne connait de son père que le nom et le pseudonyme de Sidney Elliott que ce dernier prend lorsqu'il émigre en Angleterre pour y faire une carrière de chanteur. Par le biais de sa famille paternelle, Jacob Miller se trouve être le cousin du chanteur britanique Maxwell 'Maxi Priest' Elliott. Après quelques années à Mandeville, en 1963, sa mère, ne parvenant plus subvenir à son éducation, envoie le jeune Jacob agé de huit ans à Kingston chez ses grands-parents à Rousseau Road, dans les quartiers des classes moyennes, jouxtant Trenchtown. Il va à Melrose School. Si comme de nombreux enfant du même age, l'école ne le passionne guère, c'est déjà la musique, en l'occurence le Ska, qui l'attire beaucoup plus que les devoirs. Ainsi, chaque soir à la sortie de l'école il s'empresse de se rendre autour des studios de la ville afin d'écouter chanter ses idoles tels Alton Ellis, Ken Boothe ou encore Bob Andy.
Il ne se contente pas que d'en écouter : il aime aussi chanter, et s'exerce à ses heures perdus avec ses amis. C'est l'un d'eux, Al Campbell, autre grand chanteur des 70's, qui, séduit part sa voix, décide de l'amener à Brendford Road chez Coxsone avec la firme intention de lui faire enregistrer un titre. Nous sommes en 1968, et Jacob alors agé de 13 ans va faire ses premiers pas dans la musique.
En effet, Clement Coxsone Dodd, qui connaît déjà le jeune Al Campbell pour l'avoir déjà fait enregistrer, accepte d'auditionner son ami qu'il vient lui présenter. Séduit, lui aussi par la voix et le style de Miller, décide de lui accorder sa chance. Jacob Miller enregistre 2 titres : Love is a message (aka Let Me Love You) et My Girl has left me. Ce dernier titre va avoir une importance déterminante dans l'histoire de la musique jamaïcaine puisque qu'il est la version originelle sur laquelle Larry Marshall et Alvin ont enregistré leur Nanny Goat, qui n'est autre qu'un des tous premiers morceaux que l'on a définit par le terme Reggae. Al Campbell,
lors d'une interview avec le Artikal Crew déclarait :"(...)cette chanson a été la première pour laquelle on a utilisé le terme reggae (...) ceux qui racontent qu'ils ont inventé le reggae sont des menteurs, c'est studio One qui a créé ce style avec les deux premiers morceaux de Miller. Sans conteste!". Seulement, si l'on a retenu la version de Larry Marshall comme l'un des tous premiers Reggae, c'est parce que Coxsone, qui n'avait pressé que Love is a message, ne croyait pas vraiment en Jacob Miller. Par la suite il s'empressera de rééditer My Girl has left me quand Jacob deviendra plus connu.
Il enregistre peu de temps après pour Bunny Lee le titre écrit par The Cables What more can I do ?. Cependant, désormais déterminé à devenir chanteur, Jacob Miller ne réenregistrera pas avant 1974 , année de sa rencontre déterminante avec Augustus Pablo qui lui réouvrira la porte des studios, préférant traîner, et apprendre la vie, sans pour autant ne jamais cesser de chanter et de peaufiner son style.
En 1974 donc, lorque les deux hommes se rentcontrent, Pablo anime un Sound System
depuis quelques années, le Rockers Sound, avec son frère Gath. Augustus connaissait déjà Jacob par le biais de son single Love is a message puisqu'il le faisait tourné régulièrement dans son Sound System, la chanson étant devenue quasiment son hymne. Il propose à Miller de reprendre ce titre sur une version qu'il a composée. Ce dernier accepte et ils vont au Dynamic Studio enregistrer le fabuleux Keep on knocking, variante de Love is a message, sur le Black Gun riddim.
Si à l'époque Pablo commence à se faire connaître avec ses versions Dub des plus originales, là le morceau connaît un énorme succès dès sa sortie, imposant le talent de Miller et ouvrant l'époque du Rockers est en Jamaïque. Passant la majorité de son temps chez son mentor , aux côtés de Jah Bull, Junior Reid Hugh, Mundell ou encore Delroy Williams c'est à ce moment là qu'il va s'investira totalement pour son métier de chanteur, et dans Rasta. Durant 18 mois Miller et Pablo ne se quittent pas, et enregistrent 6 morceaux d'anthologie, dont les versions Dub sont autant de chefs d'oeuvres. Après le magnifique Keep
on Knocking et sa version Knowking version, ils sortent le hit False rasta et son Dub Hungry town scanc, plaidoyer contre ceux qui font du tord aux Rastas. Arrive ensuite une chanson d'amour Baby I Love You so dont la face B est l'extraordinaire et classique King Tubby meets Rockrs uptown. Miller démontre toute son envergure vocale dans Who say jah no Dread (aka Too much commercialization of Rastafari) à la déclinaison Dub Jah dread fulgurante. Inpiré par Le Tout Puissant, ce morceau est le premier sur lequel sa voix d'adulte est stabilisée. Ce titre est d'autant exceptionnel que Pablo y invente un nouveau vocabulaire pour le Dub, assemblant les 6 clés mineures classiques et définissant ainsi le concept de dread. Viendront ensuite clore la série, Each one Teach one et sa Each one Teach one version et le terrible Girl name Pat / Girl name Pat version. Pendant ces 18 mois de travail passionné, les deux hommes, ainsi que le reste du Rockers crew, emmènent le Reggae dans des sphères artistiques et créatives que nul ne semble aujourd'hui être en mesure d'atteindre, marquant à tout jamais notre musique préférée.
Pour tous ces morceaux enregistrés entre 1974 et 1975, regroupés en 1993 par Greensleeves sur l'album INDISPENSABLE Who say Jah no dread, les voix et les mix sont capturés gratuitement par King Tubby, seul producteur à soutenir la musique de Pablo à l'époque. Les parties musicales sont posées aux studios Randy's et Dynamic, et gracieusement offertes par les compagnons de sessions de Augustus que sont les frères Barett, Robbie Shakespeare, Leroy Sibbles (leader des Heptones), Lloyd Adams, Reggie, Earl 'China' Smith, Bobby Ellis, Dirty Harry, Vincent Gordon. Les meilleurs musiciens de sessions de l'époque.
Durant toute cette période, Jacob prend de l'assurance et de l'envergure souhaitant enregistrer bien plus de disques. Mais Pablo en perfectionniste et humble Rasta qu'il est, ne se souci guère de la gloire, de l'argent et du succès, préférerant toujours investir sa musique de qualité et de sincérité, plutôt que de quantité. Courtisé par de nombreux producteurs lui montrant monts et merveilles, Jacob quitte le Rockers crew, dont il reste tout de même très proche puisque Pablo, Earl 'China' Smith ou le batteur Lloyd Adams, participeront à plus d'une session de Inner Circle avec qui il choisit de travailler et de prendre un nouveau départ en 1976.
Inner Circle est formé 1968 par les frères Lewis Ian 'Munty' (bassiste) et Roger
(guitariste), accompagnés de Stephen 'Cat' Coore, Richard Daley, Irvin Jarrett, Michael 'Ibo' Cooper. Ensemble ils font la tournée des hôtels à touristes avant d'enregistrer pour Tommy Cowan, (avec qui il créront le label Arab), ancien leader du trio The Jamaicans, et Bunny Lee. En 1973, Ibo Cooper, Cat Coore et Willie Stewart partent pour recomposer Thirld World, rejoints par Bunny Scott (aka Bunny Rugs). Abandonnés, les frères Lewis proposent à Calvin McKenzie, Charles Farquharson et Bernard 'Touter' Harvey de les rejoindre. Ils sortent les albums Rock the Boat en 1974 et Blame it on the sun en 1975 pour Trojan et produit par Cowan, composés de covers de morceaux de soul américaines et de reprises comme I shot the sherif, Natty dread de Marley ou encore
Curly locks de Junior Byles.
La première rencontre entre Jacob Miller avec son futur nouveau groupe, à lieu sur Red Hills Road, au studio des Inner Circle, lors d'une audition spécialement organisée qui donnera naissance à l'opus Blame it on the sun. Fidèle à sa réputation de farceur, the Jester (autre sobriquet de Miller, le plus communement surnommé 'Killer') arrive au rendez-vous avec une équipe de 9 musiciens, juste pour la plaisanterie. Le groupe déjà séduit par les productions Rockers de Augustus Pablo, est totalement conquis.
Le premier titre qu'ils enregistrent réellement ensemble est sans nul doute le plus grand succès que Miller connaîtra à savoir Tenement Yard. Très rapidement le groupe s'impose à la jeunesse jamaïcaine qui se rattache en masse aux messages de Jacob 'Killer' Miller. Ils sortent ensemble de nombreux morceaux d'envergure, tels Love is the drug, Tired fi lick weed ina Bush, Foward Jah Jah Children, Take a Lift ou encore 80 000 careless Ethiopians. Remarqué par le label Capitol, Inner Circle / Jacob Miller sort en 1976 son premier album Reggae Things compilant tous leurs meilleurs singles du moment. L'année suivante, il sort l'excellent Ready for the world toujours chez Capitol.
Durant toute sa période Inner Circle (de 1976 à 1980), Miller n'est pas strictement attaché au groupe et il enregistre chez Joe Gibbs quelques singles qui font partie de ses meilleurs titres de l'époque : I'm a natty sur le Soul Rebel de Marley, ou encore Shakey Girl.
*Si presque toutes les sources s'accordent sur le 4 mai, à l'exception de Yannick Maréchal qui dans son Encyclopédie du Reggae (Edition Alternatives, 2005) donne quant à lui le 23 mars [il a dû confondre avec la dâte de son décès!!!], elles se dispersent concernant son année de naissance. En effet, selon la source il aurait vu le jour soit en 1952, en 1956 voire en 1958. Je me suis arrèté sur 1955 puisque la plus usitée.