meets RAS DUMISANI
Mercredi 18 octobre 2006

Publié dans : Guess who's coming to dinner ?

Je suis né Jamaïcain, mais je me suis toujours considéré comme Africain parce qu'on nous a enlevés de force et des milliers de gens sont morts. Pour tout cela, on pourrait être en train de prêcher la guerre, mais Dieu nous a donné des enseignements à apporter aux gens, de les amener à la réalisation d'eux-mêmes. Jah Shaka



 A l'occasion de sa venue en France le samedi 14 octobre au Trabendo pour le  Dubmmetings #9, il m'a semblé important de rendre hommage à un pilier du Reggae britanique à la  carière impressionnante : The Zulu Warrior JAH SHAKA. Installé en Angleterre depuis plus de 40 ans, son apport au Reggae et au Dub par ses productions, son Sound System est incontestable. Toute la scène anglaise, passée et actuelle, lui en est reconnaissante et bon nombre d'artistes se réfèrent à son travail depuis toutes ces annèes et pour cause...

 Jah Shaka est un artiste des plus énigmatique : de lui on ne connait ni son nom, ni son prénom, encore moins sa date de naissance. En effet, faisant le deuil de son identité pour Babylone, il a décidé d'oublier le nom donné à ses ancêtres par leurs maîtres planteurs. Au fait depuis son plus jeune âge de l'histoire du peuple noir qui le passionne, et très intéressé par les mouvements de libération américains, il découvre Marcus Garvey, Martin Luther KingMalcom X et bien sûr le Rastafari qu'il adopte très tôt. C'est durant cette période qu'il choisit le nom d'un roi guerrier africain dès la fin des années 60 : Shaka, nom du célèbre Shaka Zulu qui unifia les tribus zulus contre l'oppresseur Boers, en Afrique du sud au  XVIIIème siècle. Dès lors, il décide résolument de se servir de la musique et plus particulièrement su Sound System, comme d'un moyen capable de faire passer un message qui ne pourrait se répendre autrement. Dans son esprit, le Sound System est un mode de vie et vient s'opposer à l'ennemi : le Babylon System .

 C'est à Clarendon en Jamaïque, paroisse où sont nés Toots Hibbert, Freddie Mc Gregor, Coco Tea, que Shaka voit le jour. Il y vivra jusqu'à ses 8 ans, ses parents embarquant pour l'Angleterre avec la première vague d'immigrés, dans les 50's. Débarqué de la campagne, c'est dans les quartiers Sud Est de Londres que Shaka et sa famille se retrouvent , comme des milliers de leurs compatriotes. A cette époque, il n'y que peu d'embauches pour les noirs en Angleterre, seulement le travail que les Britaniques ne veulent plus faire. La population locale, scèptique face à l'immigration, accepte difficilement ces nouveaux habitants et les discrimine ouvertement, ce qui donnera lieu à des pages tragiques dans l'histoire  de l'île. Pour autant, les communautés immigrantes ne cesseront de se serrer les coudes et, malgré le travail des parents et la scolarisation des enfants, la culture caribéenne restera prédominante de longues années dans la vie des quartiers, le patois, la religion, le chant, les Sound System.

 A l'époque, à Londres comme à Kingston, c'est la Soul et le Rythm'n'blues qui arrivent tout droit des USA qui passionnent les Jamaïcains. Le message y est clair et parle ouvertement à ces milliers d'immigrés. Depuis quelques temps aussi, les productions jamaîcaines se font de plus en plus entendre avec le tout nouveau Ska qui laissera plus tard la place au Rocksteady puis au Reggae. Au début des 60's, le peuple jamaïcain s'accapare la musique et s'en sert comme  vecteur dans la formation d'une identité propre et originale. A Londres, les mélomanes ne sont pas en reste : la plupart des productions arrivent aussi rapidement qu'à Kingston et  l'Angleterre devient rapidement un sérieux marché pour les producteurs jamaïcains.

 Passionné de musique depuis son plus jeune âge, Shaka intégre à la fin des 60's un petit orchestre comme guitariste, mais c'est au sein du Sound System de Freddie Cloudburst que Shaka fait ses premières armes. Il y découvre les standards de la musique afro-américaine. C'est là qu'il commence à se pencher de prêt sur la technique du son. A cette époque, rien à voir avec ce que nous connaissons des Sounds anglais ! Ceux-ci étaient très restreints et souvent clandestins. Les sonos n'étaient que de petits systèmes et pas encore les monstres auxquels Shaka succombera quelques années plus tard. Calqué sur les Sound System jamaïcains de l'époque, le Freddie Cloudburst Sound System n'est pourtant pas le lieu idéal pour le jeune Shaka qui au fil des années nourrit sa culture et ses ambitions, rêvant de créer sa propre structure, mais surtout de faire passer son message, celui de Jah Rastafari. Depuis quelques années, la communauté jamaïcaine toute entière se trouve bouleversée, comme nous l'avons déjà évoqué, par l'apparition des premières musiques réellement populaires en provenance de son  île natale. Témoin de l'affirmation d'une culture jamaïcaine après des décennies de lutte, Shaka, comme de nombreux jeunes de sa génération, ressent la force de ce nouveau son, le pouvoir de la musique, mais aussi celui des mots.


 Il crée son Sound System appelé Jah Shaka Sound System au début des 70's, avec l'aide de l'organisation  des Fasimbas dont il fait partie (dans les 60's, de nombreuses organisations se créent à Londres pour défendre les noirs face aux attaques racistes et lutter pour leurs droits), période à laquelle le Reggae atteint des sommets : c'est l'époque du Roots Rock Reggae, l'époque où Rasta intègre la musique pour alimenter les consciences et où le son s'empare des consciences pour construire la culture. Shaka commence à recopier quelques riddims inspirés des maîtres du genre: Augustus Pablo, King Tubby, Lee Perry, Yabby You. Ses productions restent cependant marginales. A cette époque, son Sound System se fond dans la tradition des gros Sounds Roots et les productions du moment sont tellement exceptionnelles qu'il joue principalement des 45t venus de Jamaïque.



  En contact avec de nombreux producteurs, dont ses idoles qui ne manquent pas de passer le voir à Londres (Lee Perry, Bunny Lee), où qu'il voit lors de ses nombreux voyages en Jamaïque (King Tubby, Yabby You), Shaka commence à produire de nombreux Dubplates qui petit à petit feront sa réputation. L'autre point fort de son Sound vient  de sa connexion avec le producteur Winston Edwards (à qui l'on doit le fabuleux Natty Locks Dub sur le label Fay Music en 1974 et le néanmoins terrible Dub Conference(Winston Edwards & Blackbeard At 10 Downing Street) en 1980 pour Studio 16) son fournisseur officiel, avec qui il pouvait se procurer en exclusivité tous les sons Roots Rockers, parfois avant même qu'il ne sorte en Jamaïque .
  Au cours des 70's, le
Jah Shaka Sound System devient un monument. On le connaît même en Jamaïque  où on ne tarit pas d'éloge sur ses prestations. Tous les chanteurs conscious se doivent de passer chez lui. Face aux problèmes de discrimination que les Rastas connaissent en Jamaïque, Londres devient un pôle de premier ordre, un haut lieu de méditation et de reasoning. Shaka n'est bien sûr pas le seul en Angleterre à jouer avec un Sound System Roots. C'est la vibe du moment dans toute l'Angleterre et deux autres grosses structures se partagent la part du gâteau : le Sound System du Mighty Fatman  et celui de Lloyd Coxsone (à ne pas confondre avec Clement Semour Coxsone Dodd de Studio One) qui jusqu'au milieu de la décennie reste le plus populaire notamment grâce à son system de son monstrueux que Shaka ne tarde pas à rattraper.

 Durant cette période, quelques jeunes blancs commencent à s'intéresser vaguement au Reggae, mais le public de ces Sounds conscious se compose  à environ 95 % de caribéens et les soirées de Londres ressemblent en de nombreux points à celles de Kingston. S'il n'a jamais s'agit de réelle compétition entre ces Sound System, qui avant tout jouent pour faire passer la vibration et le message Rasta, certaines parties ont donné lieux à des moments historiques de l'histoire du Reggae en Grande-Bretagne et également construit l'histoire et la renommée de Jah Shaka. C'est lors d'une nuit à Northampton qu'en effet  Shaka commence à prendre sa dimension mythique. Hué par les MCs de Coxsone à propos d'un Dubplate de Lee Perry, toujours calme et serein il s'accorde les faveurs du public et fait taire ses concurrents simplement en les regardant d'un air stupéfait, un doigt sur les lèvres. Les personnes en présence se souviennent d'une party à Acton Town Hall, où le Dj Soferno B rendit hystérique l'audience en annonçant qu'il était le seul à pouvoir jouer un spécial de Ijahman. Après l'avoir laissé jouer ses deux cuts et laissé le public s'enflammer, Shaka "dégaine et tue son adversaire" en jouant 15 plates de Ijahman à la suite! En 1989, lors d'une soirée en hommage à King Tubby mort quelques jours auparant, alors que Joey Jay essaye désespérément de lancer une minute de silence. Shaka réplique en disant "No Man ! Tubby était mon frère et je te garantis qu'il n'a jamais aimé le silence, il a toujours eu de la musique autour de lui". Après plusieurs essais Joey Jay se résigne à jouer un titre exclusif de Tubby et une fois de plus  Shaka réagit en enchaînant un Dubplate inédit meurtrier du Roi TUBBY. Personne à l'époque ne pouvait sereinement défier le Jah Shaka Sound System, en dehors de Lloyd Coxsone avec qui il ne jouait quasiment jamais. C'est cependant grace à ce dernier  lors d'une soirée  en 1976 à Croydon que le Jah Shaka Sound System devient résolument le Sound number 1 : après avoir entamé la party depuis plusieurs heures, Coxsone l'arrête en prenant le micro : "Stop the dance ! Stop the Dance ! Durant toutes ces années pendant lesquels j'ai fait des sounds system, je n'ai jamais entendu un sound comme celui de Jah Shaka !".




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Greetings...

--bananequifume.gif--bananequifume.gif
rbrselection1.jpg--bananequifume.gif--bananequifume.gifStrictly Roots ReGGae
 Music here...


 
... in The Name of His Imperial Majesty  Haile Selassie, King of Kings, Lord of Lords, The Conquering Lion of The Tribe of Judah, Jah Rastafari. 
   
Vous écoutez
The Gladiators
Get Ready
tiré de l'album
Naturality
sorti en 1979 sur
TR Groovemaster
et Virgin.

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