Samedi 29 juillet 2006 6 29 /07 /2006 20:56

Publié dans : Making History

La vie est plutôt facile à l'Alpha School. C'est bien plus dur à l'extèrieur.

Johnny "Dizzy" Moore

 


  Mary Justina "Jessie" Ripoll nait, cadette de cinq enfants, le 18 juillet 1852 à Kingston d'un père portugais et d'une mère française . Adolescente, Jessie est un membre actif des Soeurs de la Charité. Elle décide , avec l?aide de Josephine Ximes et Louise Dugiol, d'établir un orphelinat. Avec leur épargne, accumulé au cours de visites hebdomadaires dans les maisons des paroissiens, et le soutien et la permission du responsable apostolique de la Jamaïque, elles achètent une propriété de 43 acres et établissent le 1er mai 1880 l?orphelinat qu?elles baptisent Alpha (première lettre de l?alphabet grec et référence à Dieu qui se définit comme le début de toute chose; en opposition à Oméga la fin, dernière lettre de ce même alphabet). Le 12 Décembre 1890, après dix ans de pauvreté et privations de toutes les sortes, elles sont rejoins par un groupe de Soeurs de la Pitié -Sister of Mercy, de Bermondsey, Angleterre, menée par Mother Mary Winifred Aloysius. En travaillant ainsi ensemble le projet se développe. Le 2 Février 1891 Jessie, Louise et Josephine intègrent l'odre des Soeurs de la pitié, prenant respectivement les noms de Mary Peter Claver, Mary Joseph et Margaret Mary. Ainsi, la base de la Jamaïque des Sisters of Mercy devient une réalité. L'institution va rapidement prendre la forme d'une école, avant tout réservée aux orphelins dont le nombre ne cesse d'augmenter. Forte de 1500 pensionnaires, l'Alpha accueille aujourd'hui pour la plupart "des délinquent agés de 6 à 18 ans, qui sont là suite à l'absence de domicile, la négligence, la pauvreté ou une combinaison de tout çà" (Sister Frazer, administratice de l'Alpha; in Vibration, numéro 47 aout-septembre 2002). La vocation de l'institution est de fournir une éducation et une formation pratique aux élèves, dont beaucoup sont analphabètes. Ainsi on y enseigne aujourd'hui les premiers rudiments de la lecture, le travail du bois, l'imprimerie et la fabrication des livres. Dans une extension de l'Alpha à la campagne, on y apprend la découpe de la viande, la cuisine et l'élevage de animaux.
Si l'on y acquiert un métier, on y dispense une formation musicale et ce par le biais de la fanfare de l'école. C'est par ce dernier programme d'éducation et le nombre tout simplement impressionnant d'artistes qui y ont appris la musique, que l'Alpha Boys School est connu de tous les amateurs de Reggae. Formé à la fin du XIXème siècle, l'Alpha Boys Scool Band, va voir à partir des 40's sortir de ses rangs la majorité, pour ne pas dire la totalité, des meilleurs jazzmen jamaïcains, dont beaucoup vont être les acteurs directs du développement de la première musique "indigène" de l?île : le Ska. En effet, Don Drummond, Tommy McCook, Lester Sterling et Johnny "Dizzy" Moore, les membres fondateurs en 1964 des mythiques Skatalites, sont tous diplômés de l'institution.
Si Alpha va produir quantité d'artistes, c'est sans compté sur le travail et le soutien de l'âme et la mémoire des lieux : Soeur Mary Ignatius Davies. Née le 18 novembre 1921 à Spanish Town, elle suit sa famille à Kingston où, le 1er février 1939, elle est ordonnée parmi les Sister of Mercy de l'Alpha qu?elle ne quitera jamais. Sans jouer d?un instrument et sans même chanter, Soeur Ignatius va apporter une contribution incommensurable à l?histoire de la musique jamaïcaine, ce en ayant maintenu en vie la branche musicale de l?institution.
Outre les fondateurs originels des Skatalites, Soeur Ignatius va tout au long de sa vie assister à la naissance et à la formation de musiciens dont certains eurent une carrière internationale: Alphonso "Dizzy" Reece, trompettiste qui s'établit à New York à la fin des 60's à l'initiative de Miles Davis et qui enregistra une série d'album pour Blue Note; Joe Harriot, saxophoniste; Leslie Thompson qui est le premeir homme de couleur a avoir dirrigé l'Orchestre Symphonique de Londres; Leroy "Horsemouth" Wallace, génial batteur héros du film, non moins fantastique, Rockers; Cedric "Im" Brooks, saxophoniste épris de free-jazz et de panafricanisme qui fonda avec Count Ossie les Mystic Revelation of Rastafari; Rico Rodriguez, tromboniste de génie à la carrière impressionante; Leroy "Don" Smart, chanteur à la discographie de quelques 39 Lp's; Albert Malawi, aka Ilawi ; Eric Clark; Vin Gordon; Hardley Bennett, YellowMan...
La quantité alliée à la qualité de tous ces artistes, a insité Clement "Coxsone" Dodd à y puiser au gré de ses besoins, des musiciens pour ces sessions d'enregistrement à Studio One.
En fait, en règle générale, rares sont les album des 60's, 70's et 80's à ne pas compter parmi ses acteurs au moins un ancien élève d'Alpha. Certaine composition de ces musiciens sont d'ailleurs toujours au répertoire de l'orchestre comme celles de Don Drummond, le préféré parmi tous de Soeur Ignatius. De ses élèves, elle collectionait les enregistrements : chaque semaine, elle envoyait un pensionnaire lui acheter toutes les nouveauté sur lesquelles jouaient ses protégés, soit la quasi totalité des productions locales. Ainsi, elle possédait l'une des plus belles collections de disques de l'ile, dont elle fit dont à un musée de Seatle, Washington, USA, consacré à l'histoire de la musique de la Jamaïque, musée innoguré en 2000. Avant d'être partie intégrante de la collection gérée par son administrateur Dave Rosencrans, toutes ses galettes alimentaient le sound system de l'école: le Muff & Jeff Sound System (du nom d'un dessin-animé populaire en Jamaïque) jouait chaque samedi de 13h à 17h, jusqu?à ce que les enceintes tombent en panne, trop vieilles...Le répérateur appelé à la rescousse lui demandant si elle ne les avaient pas trouvé sur l'Arche de Nöe!
  Respectée de tous ses anciens élèves, et concidérée comme une mère pour beaucoup, Soeur Ignatius nous a quité le 9 février 2003, à Kingston des suites d'une crise cardiaque, sans jamais avoir reçu le moindre hommage pour son soutien, son apport essentiel à la musique jamaïcaine.
 Quelques temps avant qu'elle ne décède, Soeur Ignatius assistée de Winston "Sparrow" Martin, l'actuel administrateur d'Alpha, et de Johnny "Dizzy" Moore, avait engagé le projet de sortir pour la première fois un album de l'orchestre de l'école. Produit par Clement Coxsonne Dodd, qui prêta son studio pour les phases de sessions d'enregistrement. L'opus fait le tour des différents genres musicaux de l'ile, exception faite du Dance Hall. Soeur Ignatius y introduit certains morceaux comme sur Eastern Standard où elle lache
  un tonnitruent ?Te me song dis!?. L'intégralité de la vente de Come Dance With Me  sur le site de l'école  est reversé intégralement à l'institution.


 E
nfin l'Alpha Scool vient d'éditer une série de 12 dessous de verre illustrés de quelques labels d'époque (de la collection privée de Soeur Ignatius!) parmi lesquels Money in my pocket de Dennis Brown sur Joe Gibbs, No Jestering de Carl Malcom pour Impact et autre Eastern Standard de Don Drumond,bien sur!, sur Treasure Island. De 9 cm de diamètre, vous pouvez vous les procurer sur le site de l'Alpha Boys School.


Longue vie à l'Alpha Boys School...



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