Dimanche 23 juillet 2006 7 23 /07 /2006 08:47

Publié dans : Rastafari Liveth !




   Le 23 juillet 1892, à Egessa Gourou, district d'Errer, dans la province de Harrar, Woizero Yeshimabet met au monde un fils appelé Lij Tafari Makonnen. Tafari est l'arrière-petit-fils de Sahle Selassie de Shewa et le fils de Ras Makonnen, conseiller principal de l'Empereur Menelik II (1844-1913), fils de Johannès IV et vainqueur des troupes italiennes à la bataille d'Adoua le 1er mars 1896, date symbole de la naissance du premier état-nation africain. Il serait le 225ème successeur de la lignée de Salomon, roi d'Israël, et de Makeda, Reine de Saba, dynastie qui aurait vu le jour il y a trois mille ans. A sa descendance serait due la création du Royaume d'origine sabéenne qui eut, pour centre, la ville d'Axoum, et s'étendit de la mer rouge aux confins du Soudan.

 En Ethiopie il est usage que la mère donne au nouveau né son nom usuel. Ce "nom de mère" ou "nom d'amour" peut exprimer les sentiments que l'accouchée a éprouvé au moment de la délivrance, ou le souvenir qu'elle garde de sa grossesse : formuler des voeux pour l'enfant, présager de son caractère ou de son destin, le confier à Dieu ou à des Saints. Woizero Yeshimabet appelle son fils Tafari, signifiant "Il sera craint". Mais ce nom est resté secret jusqu'au jour du baptême qui eût lieu quarante jours après la naissance. Il revient ainsi à la mère le choix du vocable gardien de l'identité de l'individu. Seule la mère a le privilège de connaître son nom jusqu'au moment où l'enfant entre dans la communauté chrétienne. Il se crée ainsi entre la mère et l'enfant un nouveau lien exclusif qui selon les termes du diplomate Gontran de Juniac (auteur de Le dernier Roi des Rois, Ed. L'Harmattan) ne relèverait seulement de la magie que si l'on nie le pouvoir des mots et des mystères.

 Il a treize ans en 1905, lorsque son oncle Ménélik II, impressionné par ses capacités intellectuelles, lui donne rapidement des responsabilités en lui confiant out d'abord la gouvernance de Sidamo et des provinces de Harer. Il suit une politique progressiste, visant à casser le pouvoir féodal de la noblesse locale en augmentant l'autorité du gouvernement. En 1911, il se marie à Woïzero Menen Asfaw, fille de Jantirar Asfaw d'Ambassel et petite-fille maternelle du Ras Mikael du Wollo et arrière-petite-fille de Menelik II. Le futur Empereur Hailé Sélassié et l'Impératrice Menen auront six enfants : La Princesse Tenagnework, le Prince couronné Asfaw Wossen, la Princesse Tsehay, la Princesse Zenebeworq, le Prince Makonnen duc de Harrar, et le Prince Sahle Sélassié [il avait également une fille d'un ancien mariage, la Princesse Romaneworq].
 Sa volonté de fer, sa passion pour l’étude (il a été élève des missionnaires français) l’aident à surmonter les difficultés que lui suscite son cousin Lidj Iyassou. Né le 3 février 1898 à Tanta dans le Warra-Himeno, fils du Ras Mikael et de Chawaregga (fille de Menelik), Lidj Iyassou monte sur le trône à la mort de Menelik II en 1913. Voyant en Zaoditou, née le 29 avril 1876 à Anouari et fille aînée de Ménélik et de Woizero Abitchouune , une menace pour l'exercice de son pouvoir, il la contraint à l'exil avec son mari. En 1914, on songe à le faire couronner mais le Fetha-Nagast (la Justice des Rois) ne le permet pas, puisqu'il n'a pas atteint 18 ans. Pendant la première guerre mondiale, Iyassou invite à Harar, Mazhar Bey le consul général de Turquie, à s'installer à Addis Abeba. Cela révèle un penchant du prince éthiopien pour la Turquie. D'autre part, Iyassou avait eu un précepteur allemand et son compagnon le plus intime, Tessema Echeté, était germanophone, d'où le rapprochement d'Iyassou avec la Triplice.
  Il se marie d'abord avec Romanework Mengesha, la petite fille de Empereur Yohannes IV et nièce de Taïtu, ensuite il épouse  Seble Wongel Hailu, petite fille du Negus Tekle Haymanot du Godjam. Il semblerait cependant que Iyassou ait eu au moins 13 maîtresses et un nombre incertain d'enfants, tous prétendants au trône. Sa seule fille légitime est Imebet-Hoi Alem Tsehai Iyasu, née de la relation avec sa seconde femme. Lidj Iyassou est aussi très proche de l'Islam. Un certain nombre de ses maîtresses étaient musulmanes... Ceci contrarie énormément la noblesse du Shoa et surtout l'Église Orthodoxe Éthiopienne, craignant que le pays ne se convertisse. Une crainte renforcée lorsque Fitaourari Tekla Hawariat entendit Iyassou dire: "Si je ne fais pas de ce pays un pays musulman, je ne suis pas Iyassou !". A côté de son engouement pour le vin, la musique, les femmes et l'Islam les historiens actuels veulent reconnaître en lui un souverain moderne qui tenta d'introduire des innovations politiques et administratives d'avant-garde. Cette tentative de réhabilitation met à l'actif d'Iyassou : l'attriubtion aux jeunes intellectuels de responsabilités jusque-là réservées aux vétérans; l'opposition à la politique des zones d'influence, notamment à l'accord Tripartite de 1908 et à celui du 9 mars 1906; sa politique anticolonialiste que concrétisent l'assistance au mouvement indépendantiste du Mullah Mohammed Abdullé Hassan et son rapprochement avec les balabbat somali et afar; la volonté de donner à ses sujets musulmans le droit de se sentir membres à part entière de l'unité éthiopienne dans la diversité des confessions religieuses.
  Grâce à un coup d'état, le 27 septembre 1916, Zaoditou détrône, avec l'aide du clergé et de l'aristocratie, Lidj Iyassou et reçoit le titre de Negiste Negest (Reine des Rois). Elle est secondée dans sa tâche par le jeune Ras Tafari Makonnen, nommé prince régent et héritier du trône. Le couronnement de Zaoditou a lieu le 11 février 1917.
 Le début de son règne est marqué par la guerre avec Iyassou. Finalement capturé après 5 années par le Dejazmach Gugsa Araya, Zaouditou demande à ce qu'on le garde dans le palais, mais le Ras Tafari et le Fitaourari Hapte Gyorgis s'y oppposent fermement. Elle abandonne et réserve à Iyassou un traitement de faveur en le gardant à Sellale. Sa mort sera annoncée en mars 1936.
 Considérant que "l’Éthiopie a reçu l’évangile du Christ en même temps que les nations d’Occident", le prince héritier plaide à Genève, en 1923, la cause de son pays. Il y déclare que "si les hasards de la géographie et de l’histoire l’ont isolé du monde occidental pendant des siècles, il est cependant sensible à ses valeurs et entend remplir les mêmes devoirs à l’égard de la communauté internationale". Il obtient ainsi l’admission de l’Éthiopie à la Société des Nations et décide d’y abolir l’esclavage en 1924. En se rendant à Rome, Paris et Londres, il devient le premier dirigeant éthiopien à se rendre à l'étranger. Alors que l'Ethiopie connait de grandes évolutions, un fossé se creuse entre Zaoditou et Tafari. En effet, soutenue par l'église elle était une conservatrice et favorisait la préservation des traditions éthiopiennes. Alors que le Ras Tafari, aidé par les jeunes nobles, préfére la modernisation du pays et explique la nécessité de s'ouvrir au monde. Ce dernier qui contrôle une grande partie du gouvernement éthiopien reçoit le titre de Negus (Roi) le 7 octobre 1928. En 1930, le mari de Zaoditou Gugsa Welle lance une rébellion contre Tafari Mekonnen dans l'espoir de l'écarter définitivement de sa place de régent , mais il se fait battre et tuer à la bataille de Anchem le 31 mars 1930 contre l'armée moderne du Negus. Deux jours plus tard, le 2 avril 1930, Zaoditou meurt pour des raisons encore incertaines.
  Le 2 novembre 1930 Tafari est couronné Negussa Negast (Roi des Rois) sous le nom de Hailé Selassié signifiant Puissance de la Trinité (nom chrétien qui lui avait été donné à son baptème et qui ne devait être employé qu'à l'église), Empereur d'Ethiopie, Elu de Dieu, avec les titres de Roi des Rois, Seigneur des Seigneurs, Lion Conquérant de la tribu de Judah.
 Le couronnement du jeune Roi chrétien avec son titre biblique est donc plus qu'une occasion séculière. Pour les chômeurs , les pauvres de la Jamaïque et les  Garveyites, ceci vient comme un révélation de Dieu car on se souvient de la prophécie de Marcus Garvey qu'il aurait prononcé en 19161 :"Regardez vers l'Afrique. Un roi noir sera couronné. Il sera le rédempteur". Un Roi noir venant d'être couroné en Afrique, la délivrance ne devait plus tarder. Chez ces gens profondément religieux, mais aussi supersticieux, prêts à s'abandonner à des fantasmes messianiques et miraculeux, l'idée se répendit rapidement que Haile Selassie I était vraiment un Dieu descendu sur Terre pour délivrer et conduire les enfants noirs d'Israel hors de Babylone, c'est-à-dire loin de l'opression des blancs. Mais ceci est une autre histoire...


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1La datation de cette prophétie s'avére des plus incertaines: 1916, 1927 ou bien 1929...Il existe une controverse quant à l'origine de cette prophétie. Certains historiens du mouvement Rastafari l'attribuent au révérend James Morriss Webb, un garveyiste (qui aurait annoncé la "grande nouvelle" au cours d'un meeting, en 1924) auteur du livre A black man will be the coming King, Proven by biblical history (1919). Certains écrits protorastas semblent anticiper l'avènement de Ras Tafari : Royal parchment sroll of bklack supremacy du révérend Fitz Balintine Pettersburgh (1926) et The Holy Piby de Robert  Atlhyi Rogers '1924), fondateur de l'Afro-Athlican Constructive Gaathlyi Church. cette "Bible de l'homme noir" est introduite en Jamaïque en 1925 par le révérend Charles F.Goodridge et Grâce Jenkins Garrisson (The Hamitic Church). Ces textes constituent les prolégomènes du mouvement Rastafari (Boris Lutanie, Introduction au mouvement rastafari, L'esprit frappeur, Paris, 2000).

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