meets RAS DUMISANI
Mercredi 3 octobre 2007

Publié dans : Guess who's coming to dinner ?
 

Marley-Rastaman-vibration-Tour.jpg

 

Si 1976 est une année importante dans la carrière de Bob Marley 
puisque l’album
Rastaman vibration
sera son 
plus gros succès commercial
suivi d’une tournée mémorable,
elle a marqué d’
une encre indélébile sa vie personnelle...

De retour en septembre de tournée, Marley et son groupe retrouvent une Jamaïque en proie à un mouvement de violence incontrôlable. Le 19 juin Mickael Manley, premier ministre P.N.P. depuis 1972, avait décrété l’état d’urgence face aux luttes politiques qui décimaient la population de Kingston, luttes alimentées par l’afflux de millier d’armes dans les ghettos. Pour certains, ces arrivages massifs avait pour origine le cercle des dealers de ganja qui se faisaient payer en livraison d’armes en provenance de Miami ou de Louisiane, qu’ils échangeaient ensuite contre de l’argent dans tout le pays ; pour d’autres, le J.L.P. d’Edward Seaga, graphé CIAga sur les murs des ghettos pro P.N.P., les introduisait clandestinement afin d’empêcher l’ « invasion MickaelManleyJBC.jpg communiste » de l’île, Manley soutenant la révolution angolaise et entretenant des relations amicales avec son voisin Fidel Castro. Si cela ne suffisait pas pour attiser les braises du foyer en fusion qu’était Kingston, le F.M.I. obligeait la Jamaïque à de strictes restrictions dans ses importations et à baisser son inflation : se nourrir était pour un jamaïcain du ghetto une lutte féroce, certaines denrées de base étant difficiles à trouver.
A son retour de tournée dans une capitale surchauffée et dangereuse, désirant suivre la démarche de Steevy Wonder avec qui les Wailers firent un concert à Kingston en 1975 et qui avait offert la moitié de son cachet à une école yardie pour non et mal voyants, Bob Marley veut organiser un concert gratuit au parc des Héros Nationaux afin de remercier toute l’île de son soutien pour le groupe avec l’idée de promouvoir la paix entre les factions armées. Sous le thème Smile Jamaica [titre repris pour 2 morceaux que les Wailers enregistrèrent : une version afro-ska pour Lee Perry et une version plus lente à Harry J’s studio] et après concertation avec la Jamaica House (QG du premier ministre) et différents artistes tels Burning Spear, Peter Tosh et Bunny Wailer amenés à s’y produire, c’est le 5 décembre qui est fixé pour l’évènement. Quelques jours seulement après la déclaration de la date du concert, Manley annonce la tenue d’élections anticipées pour le 20 décembre !
Bob Marley était furieux de voir le concert détourné à des fins politiques lui qui en 1972 s’était rangé du côté de Manley. Cependant le projet était toujours d’actualité malgré les menaces que recevait le groupe pour une annulation pure et simple du concert.
Au cours des répétitions en vue de Smile Jamaica, Mickael Manley est venu rendre visite au Gong. Le lendemain, c’était au tour de Seaga de venir au 56 hope road. Tyrone Downie, témoins de la scène de se souvenir : « Ce n’était pas une visite de politesse. Seaga a demandé clairement à Bob dans quel camp il était et lui a dit que s’il ne choisissait pas le bon, sous entendu le sien, il lui faudrait en supporter les concéquences. »2 Toujours selon Downie, après cette entretien Marley était très troublé : Seaga lui avait fait peur, surtout qu’ayant des amis dans tous les quartiers de Kingston, sous contrôle du P.N.P. ou du J.L.P., il ne pouvait faire de choix. Dans cette atmosphère très tendue et dans un contexte tout aussi explosif, si Rita Marley (membre des I-Threes avec M.Griffith et Judy Mowatt) pensait et avait dit à son mari que le concert était une erreur, Marcia, elle, avait purement et simplement refusé d’y participer.

Dans la soirée du 3 décembre, les Wailers accompagnés des cuivres du groupe Zap Pow répètent dans le Edward-Seaga.jpg studio du 56 hope road. Après avoir travaillé le titre Jah live, Bob Marley décide de faire une pause vers 20h45 pour aller à la cuisine, tout en laissant le reste des musiciens poursuivre sans lui. Alors que Up-Sweet, le dealer préféré du Gong et réputé pour avoir la meilleure herbe de Jamaïque, venait d’arriver, Judy Mowatt enceinte, voulu rentrer chez elle se reposer. Accompagné de l’ingénieur du son Sticko, Neville Garrick (illustrateur des covers des albums de Marley) la raccompagna à Bull Ray, les empêchant ainsi de goûter au produit d’Up-Sweet ! Sortant de la propriété un peu avant 21h, ils croisent Don Taylor, ami et manager des Wailers, qui entrait. Il avait rendez-vous pour affaire avec Chris Blackwell, patron du label Island. Ce dernier en retard, Taylor rejoint Marley à la cuisine. C’est à ce moment que la maison est prise d’assaut par 6 gunmen, entrés dans la propriété peu après Taylor. Ils font tomber sur les lieux une pluie de balles atteignant Rita à la tête, le manager à la cuisse et au flan et laissé pour mort ; un ami du groupe, Lewis Simpson est grièvement blessé et Bob Marley est touché au sternum et au bras gauche. Tous furent admis à l’hôpital, à l’exception de Taylor que l’on transporte dans un établissement de Miami. Marley soigné, il fausse compagnie, pour un lieu secret, aux agents de la protection de la Sécurité jamaïcaine dépêchés sur les ordres de Mickael Manley venu lui rendre visite. Le premier ministre tenait impérativement à ce que le concert soit maintenu coûte que coûte ! Mais, si l’on ne déplorait aucune victime décédée dans cet attentat, ce qui tenait franchement du miracle, rien ne pouvait laisser supposer que les gunmen ne tenteraient pas une autre action de la sorte afin d’arriver à leur fin : achever Bob Marley !!!

HautPlanche-BDMarley.jpg  
Copyright Roland Monpierre.


smile-jamaica.jpg


Le groupe arriva en voiture sur le site, escorté de quelques policiers. Après avoir été accueillis par Manley Carlton Barrett, Tyrone Downie (clavier), Cat Coore, les cuivres de Zap Pow, 5 batteurs rastas des Sons of Negus, les I-Threes amputées de Marcia Griffith et Bob Marley montent sur scène pour ne chanter qu’un seul titre : War , qu’ils exécutent pour la première en Jamaïque. Au milieu du morceau, Don Kinsey, autre témoin de l’attentat, monte sur scène et branche sa guitare. Vont suivrent Trench Town Rock, Rastaman vibration, Want more et So Jah seh (ce sera l’unique fois que le groupe jouera ce titre en public). Marley conclu les 90mn de concert par un geste théâtral : après avoir remonté la manche de sa chemise afin de montrer à tous sa blessure, il plia les genoux façon cow-boy de western et pointa vers le public 2 doigts comme une paire de colts. Il fit voler ses locks dans un geste victorieux plain d’orgueil… 
MarleyAttentat.jpg Le concert achevé, la foule ne se dispersa jamais aussi vite de mémoire de jamaïcain. Bob Marley passa la nuit sous bonne garde à Strawberry Hill et à 7h le lendemain, il s’envola avec Nevill Garrick dans un jet de Blackwell pour les Bahamas, nouveau Q.G. d’Island. 
A kingston, différentes rumeurs circulèrent dans toutes les couches de la société. Pour certains, la tentative d’assassinat n’avait pas une cause politique : on parlait beaucoup d’une escroquerie montée par Skill Cole, avec les deniers du Gong, au champs de courses de Caymanas Park de Kingston. En effet, à cette période, le footballeur avait quitté le pays avec un gros paquet de devises : puisque inattaquable, ce serait sur Marley que l’on aurait voulu se venger. Différentes variantes de cette histoire évoquaient également des traffics d’herbes, de cocaïne et la vengeance d’un gang, ce qui pourrait être confirmé par le fait que Cole n’ait pas remis ses crampons en Jamaïque durant plusieurs années après l’évènement.
Plusieurs membres des Wailers obtinrent plus tard des informations selon lesquelles les gunmen n’auraient pas survécus à leur méfait, liquidés par les commanditaires avant la fin du week-end. Qui croire, quand Don Taylor, dans son autobiographie, relate comment un procès devant une court improvisée aurait été organisé dans le ghetto en juin 1978 pour juger 3 hommes dont un certain Leggo Beast que Marley aurait reconnu être l’un de ses agresseurs. Beast, durant ‘l’audience’ aurait admis avoir bénéficié d’un entraînement spécial orchestré par des agents de la C.I.A., élément à la véracité quelque peu douteuse au regard de l’extrême fébrilité des tireurs au cours de l’opération avec aucune victime restée au sol à déplorer ! L’affaire a été classée par les autorités mais la justice du ghetto aurait fait son œuvre puisque les 3 individus auraient été condamnés à mort. Le président de la cour aurait tendu une arme à Bob afin d’exécuter lui-même la sentence, ce qu’il refusa. On les aurait retrouvé le lendemain pendu !

 Après un peu plus d’une semaine, le 15 décembre (scrutin prévu à l’origine le 20) les électeurs donnèrent à Mickael Manley et son P.N.P. 47 sièges sur les 60 que compte le parlement jamaïcain. Plus de 200 personnes auront péries au cours de l’une des périodes électorales les plus sanglantes et meurtrières de toute l’histoire de la Jamaïque. Il se passera plus d’une année avant que Bob Marley ne pose à nouveau le pied sur son île natale… mais ceci est une autre histoire !

Bob-Marley-and-The-Wailers---Live-at-the-Roxy-26-may-1976-Island.jpg

 

2. in Vibration, n°47 Aôut-Septembre 2002.

chok.gif Que soit infiniment remercié ROLAND MONPIERRE qui a donné son autorisation de reproduire cette superbe planche tirée de sa bande-déssinnée Bob Marley, Ed. Eisemusic, 2001.

 War... Part #1

 

 

chok.gif Voir plus...

Le Gong et ses proches étaient en fait réunis à Strawberry Hill dans les montagnes au-dessus de Kingston, où Blackwell avait mis à leur disposition une vielle demeure, gardées pour le coup par des unités de police armées jusqu’aux dents. Marley si reposa toute la journée suivante du vendredi au cours duquel les discussions portaient exclusivement sur la décision de maintenir ou non Smile Jamaica et sur la question de savoir qui pouvaient être les responsable de l’attentat. Bob n’était plus motivé et puis il semblait difficile voir impossible de réunir tout le groupe, chacun se terrant dans sa planque. 
Le lendemain, le samedi 5 décembre, jour prévu du concert, aucune décision n’était encore prise concernant les suites à donner à ce dernier. Une équipe de tournage new-yorkaise que Blackwell avait fait venir pour filmer l’évènement, donna à Marley de puissants talkie_walkie lui permettant ainsi tout en restant à Strawberry Hill de prendre la température du parc des Héros Nationaux et d’être informé sur l’évolution de la tentative de retrouver, avec l’aide la police, et de réunir à la propriété d’Hope road chaque membre du groupe au cas où. C’est avec Cat Coore [bassiste du groupe Third World dont il fut décidé qu’il remplacerait les artistes absents] présent sur le site que Bob communique. 
Seul le bassiste Aston ‘Familyman’ Barrett ne rejoint pas le groupe. Third Wolrd monte sur scène devant 50.000 personnes massées qui depuis 4h de l’après-midi. Après sa performance, Coore appelle Marley pour lui assurer que tout va bien et qu’il peut monter sur scène sans souci. Seulement, le groupe sans bassiste ne peut se produire : Cat Coore offre de tenir la basse, tandis que Anthony Spaulding, ministre du logement, tente de persuader le chanteur de jouer, qui après une heure de discussion plus qu’houleuse dit à son batteur Carlton Barrett: « Va au concert, je pense que nous allons descendre. » 
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Greetings...

--bananequifume.gif--bananequifume.gif
rbrselection1.jpg--bananequifume.gif--bananequifume.gifStrictly Roots ReGGae
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... in The Name of His Imperial Majesty  Haile Selassie, King of Kings, Lord of Lords, The Conquering Lion of The Tribe of Judah, Jah Rastafari. 
   
Vous écoutez
The Gladiators
Get Ready
tiré de l'album
Naturality
sorti en 1979 sur
TR Groovemaster
et Virgin.

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