Mercredi 2 novembre 2005
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Publié dans : Rastafari Liveth !
"Regardez vers l'Afrique. Un roi noir sera couronné. Il sera le rédempteur" - Marcus Garvey(1916)
Le 2 novembre est une date importante dans le calendrier Rastafari. En effet, c'est à cette date, en 1930, qu'eu lieu le couronnement, à Addis Abeba, de Sa Majesté Haile Sellassie (né le 23 Juillet 1892 à Harrar, de Yeshi Emabet Ali et Ras Makonnen), ainsi que de l'Impératrice Mennen (mariée à Tafari Makonnen depuis le 31 juillet 1911)
. L'Empereur (le 111ème d'Ethiopie) avait acquis le titre de Negusa Negast (Roi des rois) dès le 3 avril 1930, au lendemain de la mort de l'Impératrice Zaoditou , une fille de Ménélik II (mort en 1913) qui régnait depuis le 2 octobre 1916, avec, à ses côtés Tafari Makonnen, nouvellement ras, Régent et Prince héritier de l'Empire. Deux ans avant son couronnement, Tafari ("Qui sera craint") avait acquis le titre de Negus de Gondar le 7 octobre 1928, ce qui avait fait de lui le personnage le plus important de l'Empire après la Reine des rois, au détriment des vieux aristocrates de l'époque de Ménélik, opposés à la modernisation du pays. Sept mois furent nécessaires à la préparation de "l'événement le plus marquant de l'histoire éthiopienne"1, période pendant laquelle Addis Abeba connut de grands travaux de nettoyage et de peinture. Le monde entier, notamment les "partenaires" de la SDN, fut convié à cette cérémonie : le maréchal Franchet d'Espérey pour la France, le Duc de Gloucester pour le Royaume-Uni (fils du roi George V), le Prince d'Udine pour l'Italie (petit-neveu du roi Victor-Emmanuel), des représentants américains, japonais, hollandais, belges, suédois, égyptiens, allemands, turcs, grecs et polonais répondirent à l'appel.
Lors d'un cérémonial très bien préparé, Haile Sellassie (premier) fut couronné dans la Cathédrale Saint-Georges d'Addis Abeba. Roi des rois d'Ethiopie , Seigneur des seigneurs , Lion conquérant de la tribu de Juda ,lumière de ce monde et Elu de Dieu, Il était aussi défenseur de la foi et de l'Eglise éthiopienne. Le serment qu'il prononça marqua une nouveauté : en effet il jura de maintenir les lois qu'il aurait promulguées "après les avoir soumises, de son plein gré, au Conseil, pour avis"2, preuve d'un arbitraire moins grand dans l'exercice du pouvoir. Ceci fut confirmé par la promulgation, le 2 novembre 1931, de la première constitution éthiopienne, créant deux assemblées de notables qui avaient pour rôle de discuter les lois avant leur promulgation par l'Empereur. Ce texte n'instaurait pas un régime représentatif de la population, démocratique, mais constituait un premier jalon. Sa Majesté "voulait que le peuple apprenne ce qu'est le régime représentatif, afin qu'il puisse un jour en arriver à prendre part au gouvernement du pays.Ce jour, je le sais, dit-il alors, est encore loin".Le peuple éthiopien est, à cette époque, majoritairement rural et analphabète. Aussi un des buts essentiels d'Haile Sellassie était-il de "favoriser la création d'écoles dans lesquelles seraient données un enseignement séculier et spirituel, et dans lesquelles l'Evangile serait enseigné" (paroles prononcées lors du serment du couronnement).
Une autre innovation résidait dans le fait que l'Impératrice Mennen, "Queen Omega", fut couronnée à la fin de la cérémonie religieuse, dans la cathédrale Qiddus Guiyorguis (Saint-Georges), où elle reçut la bague de diamants des souveraines.
Cet évènement va être l'ultime catalyseur, l'ingrédient manquant dans la naissance du mouvement Rasta. Dans les années 1930 la Jamaïque, et le reste des Caraïbes d'ailleurs, connait une vague de révoltes et de grêves, provoquant l'envoie d'une commission parlementaire anglaise (la Jamaïque est jusqu'en 1962 fait partie de l'Empire coloniale britanique). La conclusion du Moyne Report qui en résulte est sans appel : les salaires des pauvres n'ont pas augmenté depuis la période immédiate post-émancipation (1838). En cent ans, la condition matérielle de la population noire n'a pas bougée d'un iota, ce qui pousse beaucoup de jamïquains à l'émigration pour Cuba, les Etats-Unis, l'Amérique centrale et vers d'autres îles de l'archipel antillais. Un climat social difficile, tendu et inégalitaire; la présence de Marcus Mosiah Garvey, de retour des USA, père de l'UNIA (Universal Negro Improvement Association) et de la revue Negro World, son rôle d'organisateur, d'agitateur et de prédicateur; l'abondance de discours pronocésau coins des rue de Kingston par des orateurs noirs religieusement inspirés -aussi bien les prises de paroles que leurs protagonistes, sont autant de facteurs à l'origine du mouvement.
Très croyants3, beaucoup de gens en se référant à certains passages bibliques, vont voir la preuve qu'Haile Sellassie I est la réincarnation du Christ ou du moins l'incarnation d'un nouveau messie, le Rédempteur noir venu délivrer d'Egypte les enfants d'Israel : Et je pleurais beaucoup de ce que personne ne fût trouvé digne d'ouvrir le Livre ni de le regarder. Et l'un des veillards me dit : Ne pleure point; voici le lion de la tribu de Juda, le rejeton de David, il a le pouvoir d'ouvrir le Livre et ses sept sceaux (Apocalypse V, 2-5). Un autre rappelle la réalité que vit l'Ethiopie face à la puissance italienne (l'Italie envahit l'Ethiopie en 1935 pour capituler en 41; capitulation non seulement symbole de la toute puissance de l'Empereur éthiopien, mais aussi synonime d'espoir de tout un peuple noir à qui la preuve est donné qu'il est possible de combatre et vaincre l'oppression blanche!): Et je vis la bête et les Rois de la terre et leurs armées rassemblées pour faire la guerres à celui qui monte le cheval et à son armée (Apocalypse XIX,19). Tous ces signes étaient compris comme conférent à Selassie la puissance de la divinité.Le couronnement du jeune Roi chrétien avec son titre biblique est donc plus qu'une occasion séculeire. Pour les chômeurs , les pauvres de la Jamaïque et les Garveyites, ceci vient comme un révélation de Dieu car on se soiuvient de la prophécie de Marcus Garvey qu'il aurait prononcé en 19164 :"Regardez vers l'Afrique. Un roi noir sera couronné. Il sera le rédempteur". Un Roi noir venant d'être couroné en Afrique, la délivrance ne devait plus tarder. Chez ces gens profondément religieux, mais auusi supersticieux, prêts à s'abandonner à des fantasmes messianiques , et miraculeux, l'idée se répendit rapidement que Haile Selassie I était vraiment un Dieu desendu sur terre pour délivrer et conduir les enfants noirs d'Israel hors de Babylone, c'est-à-dire loin de l'opression des blancs. Plusieurs individus, disciples ou personalités afférents au garveyisme allaient par la suite organiser les premiuère communautés et édifier les bases du courant Rastafari : Leonard Percival Howell ( décrit comme le premier rasta), Ferdinand Rickett, Vernal Davis, Paul Earlington, Robert Hinds, Archibald Dunkley, Joseph Nathaniel Hibbert... Mais ceci est une autre histoire...
Jah Almighty Bless You All
1 Paul Henze, Histoire de l'Ethiopie, Paris, éditions Moulins du Pont/Les Nouvelles d'Addis, 2004.
2 Gontran de Juniac, Le dernier Roi des Rois. L'Ethiopie de Haïlé Sélassié, Paris, L'Harmattan, 1994 (1ère éd. 1979). De Juniac ste de son ouvrage Pétridès, Le Livre d'or de la dynastie salomonienne ( Plon, 1964) que je n'ai pu consulter mais qui me semblait juste de citer.
3Dans le prolongement du Great Revival (Réveil religieux) des années 1860, une multitude de sectes et de shismes para-chrétiens étaient apparus: ces cultes revivaliste combinent des éléments hérités des traditions africaines et de la religion protestante ( Kumina, Pukumina, Culte Bongo, le Myalisme). Le détournement de la religion officielle se se conçoit comme une nécessité de s'affranchir, comme une arme anticolonialiste qui provoqua la plupart des révoltes jamaïquaines telles celles de Sam Sharp en 1831 et de Paul Bogles à Morant Bay en 1865 ( ces deux Héros de l'histoire jamïquaine étaient deux prêtre baptiste). Le caurant Rastafari s'inscrit dans cette même perspective...
4 La datation de cette prophéties'avére des plus incertaines: 1916, 1927 ou bien 1929...Il existe une controverse quant à l'origine de cette prophétie. Certains historiens du mouvement Rastafari l'attribuent au révérend James Morriss Webb, un garveyiste (qui aurait annoncé la "grande nouvelle" au cours d'un meeting, en 1924) auteur du livre A black man will be the coming King, Proven by biblical history (1919).Certains écrits protorastas semblent anticiper l'avènement de Ras Tafari : Royal parchment sroll of bklack supremacy du révérend Fitz Balintine Pettersburgh (1926) et The Holy Piby de Robert Atlhyi Rogers '1924), fondateur de l'Afro-Athlican Constructive Gaathlyi Church. cette "Bible de l'homme noir" est introduite en Jamaïque en 1925 par le révérend Charles F.Goodridge et Grâce Jenkins Garrisson (The Hamitic Church). Ces textes constituent les prolégomènes du mouvement Rastafari (Boris Lutanie, Introduction au mouvement rastafari, L'esprit frappeur, Paris, 2000).