Vincent Pride, leader du Blue Glaze Mento Band un des derniers groupes de mento authentique qui accompagnait Beckford dans les dernières années de sa carrière, le mento tirerait son origine du quadrille, danse que les planteurs ont importé d'Europe au XVIIIème et XIXème siècle, après que les esclaves l'aient repris à leur compte et le retouchent à leur façon :
"Les quadrilles étaient organisé en mouvements et à chaque mouvement correspondait une musique et une danse bien précises. En tout, il y avait cinq mouvements. Lorsqu'on
a voulu en rajouter un sixième, on a inventé le mento". En accord avec Pride, la grande musicologue jamaïcaine Olive Lewin complète cette explication en le définissant comme une forme de musique et de danse typiquement jamaïcaine qui existe depuis
plusieurs siècles dans l'île. Stanley Beckford, lui donnait pour berceau l'Afrique. Le rythme aurait voyagé avec les
milliers d'esclaves en transit pour les Antilles, ce que Bruno Blum, dans son livre Le Reggae
(Ed. Librio, Coll. Musique, 2000) affirme en le définissant comme un mélange d'influence européennes, bantoues et ouest-africaine.
début des 50's pour que le mento soit pressé dans le but de concurencer le calypso de
Trinidad, constituant ainsi le début de l'industrie discographique jamaïcaine. En effet, c'est en 1951 que
naissent les premieres galettes de mento produite par Stanley Mota sur le label MRS,
Ivan Chins sur Chin's ou encore Ken Khouri.
l'énorme popularité du
jamaïcain Harry Bellafonte, de nombreux artistes mento rebaptisent et ajustent leurs compositions. On parle alors de
mento-calypso, de jamaican-calypso voire de calimento. Le mimétisme atteint son
paroxisme quand Ken Khouri nomme son label Kalypso tout en ne produisant que du mento.
L'utilisation indifférente des termes mento et calypso provoque une confusion. Poutant si effectivement il existe des
similitudes rythmiques, les deux genres sont bien distincts : "Les Trinidadiens ont une approche de la vie
radicalement différente de celle des Jamaïcains. Pour eux, tout est prétexte à la fête, alors que nous autres Jamaïcains, nous somme plus introvertis. Lorsqu'ils danseent, les Trinidadiens saute
à tout bout de champ, alors que nous dansons les pieds immobiles ou presque, en privilégiant le mouvement des hanches. Forcémént, cela se retrouve dans la musique, ainsi que dans les paroles. La
plupart des calypsos comportent un refrain très accrocheur que tout le monde peut reprendre. Même chose pour le rythme qui appelle le participation du public, alors que celuidu mento, même
s'il
déclenche une
irrésistible envie de danser chez les Jamaïcains, semble poser des problèmes insolubles aux non-Jamaïcains. Quand aux paroles du mento, elles sont compréhensibles des seuls initiés. Tout
cela vient évidemment de l'esclavage. Parcequ'il était dangereux de s'exprimer ouvertement, nous avons appris à toujours camoufler nos propos" (Olive Lewin). Ou à parler par
illusion. Selon certaines sources, les terme "mento" viendrait d'ailleurs de l'espagol mentar qui signifie
mentionner, nommer, faire allusion à. A la dénonciation le mento préfère la satire, aux grands discours la chronique de de la vie
quotidienne. Les chanteurs de mento aiment à soulager leur peine en riant aux dépens de leurs maîtres. Les textes "slack" sont ainsi de rigueur. Le classique Big bamboo de Lord Creator (par exemple), repris par
Yellowman en 1984, use d'une métaphore subtile : à assimiler le "gros bambou" au sexe masculin il n'y a
qu'un pes que les dames de l'assistance se plaisent à avancer sans rougir ! Ce machisme, très pratiqué dans l'île, se retrouvera abondament dans le Reggae et surtout
le Dancehall avec des textes dits "slackness".
de paysans, de "cul-terreux". Si la naissance du Ska au début de la décénie suivante est
aussi une des causes du déclin de popularité du mento, c'est paradoxalement en mélangeant ces deux rythmiques
différentes que le mento va sortir de son cadre purement folklorique et/ou touristique, et qu'il va connaître une
seconde jeunesse. En effet, le talentueux guitariste Owen Emanuel, aka Count Owen, après
avoir enregistré de nombreux titres mento et Calypso, accompagné par The Crafters,
The 5 Stars ou encore The Calypsonians sur les label MRS et Kalypso [labels sur lesquels on retrouve Lord Laro, Lord Melody, Lord Lebby,
Lord Jelicoe, Count Zebra, Lord Flea, Lord Power, Count
Sticky et autre Count Lasher], suit l'évolution musicale insulaire en adaptant le mento aux
rytjms Ska et Rock Steady sur 2 de ses albums : Come let's
go Ska-lypso sur kentone Records en 1965 et Rock Steady
calypso pour Federal en 1967.
à l'école informelle d'un voisin, un certain Carlton Smith. A 19 ans il
gagne le célèbre radio crochet Opportunity Hour du journaliste Vere Johns. En 1968, lorsque se
forme Soul Syndicate, il sera son premier vocaliste. Mais le groupe est surtout demandé en studio pour accompagner les stars du moment, et pour survivre
Stanley prend un emploi de vigile. De 70 à 74 il occupe ses nuits de veille à jouer de la guitare et à chanter.
L'arrestation devant lui d'un voyou recherché lui inspire Wanted Man, son premier tube sorti en 1973 sur GG de Alvin Ranglin. Le trio vocal improvisé pour l'occasion est baptisé Starlights (ou
Starlites), mais il n'aura qu'une existence éphémère, Beckford continuant seul sous ce même nom. D'autres enregistrements pour
GG suivront jusqu'en 1978, mais sans le succès de Wanted Man : All Day
Working, Salve, Jah Jah, Mr Softhand, Hold
my Hand, Mama Dee… En 1975 sort Soldering (la Soudure, un euphémisme
pour l'acte sexuel), qui sera banni des ondes, mais fera un tabac en boutique. Ce style grivois ne correspond pas à la mode rasta en
train d'exploser en Europe, et Beckford
est contraint de se rabattre sur le
circuit des hôtels pour touristes avec un groupe "calypso", Stanley and theTurbines. C'est avec cette formation qu'il enregistre
Leave My Kisiloo pour Barrington Jeffrey de Dynamic et Africa en 1978 (ressorti en 1995
sur Lagoon), Big Bamboo en
81 sur GG, Wanted man qui
sera pressé en 2000 pour Joe Gibbs. En 1979 crédité à son seul nom sortira l'excellent
Gipsy Woman sur le label d'Alvin Ranglin. Le backing vocal assuré par The Revolutionaries (Sly and Robbie,
Tommy McCook...) donne à cet album un cachet unique où l'on comprend bien à son écoute la volonté du chanteur et du producteur de donner un son
emprunté à la musique traditionnelle Caribéenne. Les premières mesures de You Mother Never Know nous emportent dans
un mento bien cadencé et deux chansons tirées du répertoire mento : Back To Back et Chiney Baby (ne pas confondre avec le titre Chinese Baby de The
Hiltonaires) enrichissent cet album. La texture vocale -une voix de falsetto qui donne à l'ensemble de ce disque une chaleur et un rythme incomparable, de Stanley Beckford se rapproche de celle d' un autre des chanteurs de l'écurie d'Alvin Ranglin de cette époque : Eric Donaldson.
tambourin, les deux derniers assurant aussi les parties vocales. Pour l'enregistrement de Stanley Beckford plays Mento, la femme et la fille du chanteur, Thelma Beckford et Monique Thomas, ont
fait les choeurs, en compagnie des deux vocalistes du Blue Glaze. Quelques musiciens extérieurs sont venus se joindre à eux : le violoniste Theodore Miller, lui-même leader d'un excellent groupe de mento authentique, le St Christopher of Lititz . A part les trois
percussionnistes que sont Sky Juice, Michael Enkrumah Henry, et le fabuleux batteur Leroy 'Horsemouth'
Wallace, le seul musicien de Reggae invité est le subtil guitariste Mickey Chung, appelé à remplacer Nelson
Chambers un jour où le rhum avait coulé à flots et où celui-ci ne parvenait plus à placer son banjo ! Si l'opus se compose de reprises de titres aux évocations douteues tel
Soldering , le traditionnel Big Bamboo ou Leave mi Kisiloo, il contient
également des morceaux reflètant une certaine spiritualité populaire, comme le très ancien Dip Dem JahJah, hymne rédempteur du prophète
Bedward (un rebelle baptiste du début du 20ème siècle), ou encore Broom
Weed , une vieille chanson de Marrons bourrée d'allusions occultes. La formation reprend également à son propre compte Guava
Jelly dont Marley a fait une adaptation.
En 2004 Stanley Beckford
confirme son succès avec l’album Reggaemento composé de 11 titres dont Wanted Man reprenant son
premier hit enregistré pour Alvin Ranglin. Il y fait des reprises de standards comme Hello Carol rebaptisé
Oh Jah Jah, Israelites, chanson écrite en 1968 par Desmond
Dekker et d'autres classiques comme Cause way Road.
Outre les différents albums évoqués ici plus que conseillés à l'écoute, pour qui voudrait revenir aux origines de l'industrie discographique de la Jamaïque et au prmière galettes de
mento, j'insite vivement à se pencher sur lecellent album sorti sur Pressure Sounds en 2006,
Take me to Jamaica. Regroupant des enregistrements effectués entre 1951 et 1958 sur les tous prmiers label insulaires, cette compilation rend hommage
à des artistes à qui l'on doit d'écouter notre Roots Reggae préféré.